Internationalisme et lutte révolutionnaire au Myanmar : ressources

Dans le cadre de la soirée de soutien à l’AIF (Antifascist Internationalist Front) que nous avons organisée le 27 février 2026, nous souhaitons regrouper et mettre à disposition toutes les ressources qui nous ont permis de nous informer sur la révolution en cours au Myanmar, sur ses complexités et ses évolutions.

La plupart de ces ressoures provient du travail de préparation fait en amont de la soirée de soutien, mais nous mettrons à jour la liste au fil de nos lectures et des suggestions. N’hésitez pas à nous partager les ressources que vous aimeriez qu’on ajoute !

Documentaire projeté

Inside Myanmar’s Revolution, documentaire de Dennis et Patrick Weinert, 2023. Disponible sur Youtube et Vimeo. Des sous-titres français sont disponibles au téléchargement sur OpenSubtitles.

Textes traduits pour la soirée

Perspectives antifascistes sur la lutte révolutionnaire au Myanmar, disponible en français sur notre site.

Les montagnes sont le refuge des peuples libres, disponible en français sur notre site.

Nous sommes les Palestinien-nes de Birmanie, disponible en français sur notre site.

Dépêches de Mae Sot, partie 1, disponible en français sur notre site.

Documentaires

Le film Tout ira bien d’Alan Dub, centré sur la vie à la frontière birmano-thaïlandaise, dans la ville de Mae Sot. Bien qu’intéressant, le film est très complaisant avec le régime d’Aung San Suu Kyi et ne dit rien (ou si peu) du massacre des Rohingyas.

Birmanie : le rappeur qui défia la junte, un film de Thomas Dandois sur Zayar Thaw, un rappeur birman devenu député dans le gouvernement d’Aung San Suu Kyi, avant d’être exécuté par la junte militaire en 2022.

Birmanie : l’armée des ombres, un film d’Antoine Védeilhe sur les civils qui ont choisi de rejoindre la résistance armée après le coup d’Etat de 2021.

Birmanie : la résistance Chin, un film d’Antoine Védeilhé sur la résistance menée par l’armée Chin, une minorité ethnique chrétienne vivant dans les montagnes de l’Ouest de la Birmanie.

Autres ressources audio et vidéo

Interview d’un membre de l’AIF sur le podcast Popular Front

Chaîne Youtube de TBIM (The Boys In Myanmar)

Vidéo du Courrier Diplomatique du Dessous des Mondes sur la chaîne Youtube de Blast, au sujet des centres esclavagistes de cyber-arnaque.

La chaîne Youtube de l’AIF, et notamment leur déclaration du 8 Mars, et les témoignages des internationalistes Hêlîn et Monica.

Interview de James Stout dans le podcast The Final Straw Radio à l’occasion de la sortie de son livre sur les anarchistes en guerre contre l’Etat. La transcription de l’interview est disponible en anglais sur leur blog.

Divers ressources écrites

Le site de nouvelles régulières Burma Coup Resistance Notes, et en particulier quelques articles d’intérêt :

Deux articles sur les centres esclavagistes de cyber-arnaque : un de la BBC et un d’Irrawaddy

Cartes fréquemment mises à jour sur la situation au Myanmar, et notamment sur le contrôle du territoire et sur les centres de cyber-arnaque.

Blog de l’AIF.

Interview d’un camarade anarchiste birman exilé en Australie.

Article des liens entres l’Union Nationale Karen et Casapound, groupe néofasciste italien, et leur investissement depuis des années dans la région

Analyse de la fracture sur l’alignement avec le Gouvernement d’Unité Nationale, gouvernement en exil depuis 2021.

Article sur la situation des conseils de gestion locale et acteurs dans l’Etat de Chin

Article sur le groupe BPLA (Bamar People’s Liberation Army)

Analyse approfondie de la situation économique et géopolitique de la situation au Myanmar, sur une base communisante.

Interview sur le mouvement anarchiste ces dernières décénies en Birmanie

 

Publié dans General | Commentaires fermés sur Internationalisme et lutte révolutionnaire au Myanmar : ressources

Dépêches de Mae Sot

Ce texte est une traduction de l’article Dispatches from Mae Sot: A Town on the Thai-Myanmar Border, paru dans le premier numéro de la revue Heatwave. Rédigé par Wu Qin, une journaliste anarchiste chinoise, il regroupe des (bouts d’)interviews menées avec plusieurs exilé-es birman-es ayant traversé et/ou vécu à Mae Sot, une ville thaïlandaise dans laquelle se retrouve une immense partie des birman-es qui quittent le pays à cause de la répression féroce qui y est menée.

Les exilé-es racontent la violence du coup d’Etat de février 2021 en Birmanie, mais aussi la difficulté de la vie d’exilé-e, qui est une vie précaire politiquement et économiquement, où le quotidien n’est souvent rien d’autre que la vie de reclus-e caché-e dans des planque-s ou exploité-e par les entreprises thaïlandaises qui s’installent près de la frontière pour profiter de cette main d’oeuvre sans papiers.

Ce zine est disponible à la lecture au format page par page et à l’impression au format brochure.

Publié dans General | Commentaires fermés sur Dépêches de Mae Sot

Nous sommes les palestinien-nes de Birmanie

Entretien avec l’Association des Jeunes Musulman-es Progressistes

Cet article a été initialement publié sur chuangcn.org le 21 avril 2025. Il a été traduit par l’Assemblée Internationaliste Antimilitariste Paris-Banlieues depuis The Anarchist Library.

Il est également disponible à la lecture au format PDF page par page, et à l’impression au format brochure.

Introduction de The Anarchist Library

Nous sommes heureux-ses de partager cette traduction d’une interview avec Khun Heinn,
un-e participant-e à la Révolution du Printemps1 en cours et co-fondateur-ice de l’Association des Jeunes Musulman-es Progressistes (AJMP). L’entretien a été mené par un-e membre du Réseau d’Action transnational sinophone de Solidarité avec la Palestine (RASP) le mois dernier, lors d’une réunion en Thaïlande, puis compilé, traduit en chinois et publié avec une introduction sur le Substack du RASP.

Khun Heinn est une personne musulmane de Yangon vivant actuellement en exil en Thaïlande. La Birmanie2 abrite de multiples communautés musulmanes de plusieurs groupes ethniques différents, mais toutes ont été désignées par les autorités politiques (non seulement la junte, mais aussi la Ligue nationale pour la démocratie libérale) des Bamars bouddhistes majoritaires comme kalar (une insulte raciste signifiant « gens de l’Ouest »), ne méritant donc pas de droits au sein de la communauté fédérale de la Birmanie. Khun Heinn s’identifie politiquement comme « communiste libertaire », mais l’AJMP est plus largement de gauche et principalement socio-démocrate, se donnant pour mission de construire des ponts entre la révolution birmane et la lutte palestinienne, comme expliqué dans l’entretien.

Le RASP se décrit comme « un groupe d’activistes sinophones s’organisant à travers plusieurs continents. [Iels] travaill[ent] à éduquer [leurs] communautés sur la résistance palestinienne
et le mouvement de solidarité mondial, ainsi qu’à attirer l’attention sur la complicité de la Chine
dans l’occupation, l’apartheid et les crimes de guerre d’Israël contre le peuple palestinien. » Leurs
autres écrits et activités peuvent être trouvé-es sur leur Substack ainsi que leur compte Instagram.

Pour plus d’histoires sur les expériences des révolutionnaires birman-es et des musulman-es vivant en Thaïlande, consultez « Dépêches de Mae Sot » dans le prochain numéro inaugural du magazine Heatwave3. Pour en savoir plus sur la persécution des musulman-es en Birmanie, consultez « Trois thèses sur la crise au Rakhine », et sur le coup d’État de 2021 et la révolution qui s’en suit, « Jusqu’à la fin du monde » et « Malheureux est le pays qui a besoin de héros », tous de Geoffrey Rathgeb Aung4. Pour plus de traductions en anglais de textes chinois sur la Palestine, voir « Contre le Pinkwashing » et « Palestine et Xinjiang sous le régime capitaliste ».5

Introduction du RASP

Quatre ans sont passés depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021 en Birmanie. Sans le séisme dévastateur qui l’a frappée récemment, la Birmanie aurait presque été oubliée par la communauté internationale. Pourtant, durant ces quatre années, la résistance n’a jamais cessé. Le mouvement non-violent de désobéissance civile6 a été brutalement réprimé par l’armée peu après le coup d’État – les manifestant-es ont été arrêté-es, torturé-es et tué-es. Par la suite, certain-es ont répondu à l’appel du Gouvernement d’Unité Nationale (GUN) en exil en fuyant dans les jungles pour former la Force de Défense du Peuple, rejoignant les forces des Organisations Armées Ethniques (OAEs) dans une guérilla. D’autres ont fui vers d’autres pays, la Thaïlande étant la première étape pour beaucoup d’entre elleux.

Au cours des dernières décennies, des musulman-es de Birmanie ont migré vers la ville frontalière thaïlandaise de Mae Sot, contribuant à la formation d’un réseau commercial musulman transnational qui inclut également des musulman-es thaïlandais-es et pakistanais-es. Plus tard, plusieurs vagues d’émeutes anti-musulmanes et de persécutions systématiques en Birmanie ont poussé de nombreux-ses autres migrant-es musulman-es à traverser la frontière.

Mae Sot (population officielle de 50 000 habitants, mais avec une estimation de 100 000 migrant-es de Birmanie) accueille donc une large population musulmane (estimée entre 5 et 10% de la population totale) dont la langue véhiculaire est le birman. Les magasins appartenant à des musulman-es sont partout et il n’est pas rare de voir des gens dans les rues portant des keffiehs, malgré la distance qui sépare Mae Sot des grandes villes. Beaucoup de membres de cette communauté musulmane établie de longue date sont passionné-es par la cause palestinienne, mais restent largement indifférent-es à la révolution birmane, la considérant comme un conflit entre le régime militaire et la majorité bamar, sans pertinence pour leur vie. Depuis le coup d’État de 2021, Mae Sot est également devenue un refuge pour celleux impliqué-es dans le mouvement de résistance qui ont été fiché-es par l’armée et ne peuvent plus quitter le pays légalement. Parmi elleux se trouvent des révolutionnaires musulman-es, dont certain-es parviennent parfois à trouver du travail dans des entreprises commerciales dirigées par des musulman-es dans la région.

Après le déclenchement de la guerre de Gaza en octobre 2023, j’ai été témoin de la manière dont la question lointaine de la Palestine reflétait la diversité ethnique complexe de la Birmanie. Les communautés exilées sont rapidement tombées dans l’anxiété et la division. Les révolutionnaires musulman-es ont rapporté qu’iels voyaient des sentiments islamophobes réapparaître parmi les révolutionnaires Bamars exilé-es au sein de leurs propres cercles. Après le coup d’État de 2021, de nombreux dissident-es bamars avaient exprimé des remords envers les Rohingyas, regrettant leur silence lors de l’oppression du groupe musulman le plus persécuté en Birmanie. Mais maintenant, au grand désarroi des révolutionnaires musulman-es, certain-es camarades birman-es ont commencé à reprendre les récits israéliens, accusant les musulman-es d’être des terroristes. La désillusion s’est répandue parmi de nombreux-ses révolutionnaires musulman-es qui comprennent désormais que les expressions de regrets des dissident-es bamars formulées après le coup d’État n’étaient que des performances pour la scène internationale. La révolution, disaient-iels, restait centrée sur les Bamars. Une autre couche de méfiance s’est enracinée : peut-être que la politique ethno-nationaliste de la Birmanie n’avait été que temporairement colmatée par le coup d’État et la révolution. L’islamophobie et le chauvinisme bamar réapparaîtraient-ils dans une Birmanie post-révolutionnaire ?

Le tremblement de terre du 28 mars 2025 est survenu à un moment où l’USAID7 avait été coupée par l’administration Trump. Pour la Birmanie, déjà fragilisée par la guerre civile, c’était un nouveau coup dur. Plus de 8,5 millions de personnes ont été touchées par le tremblement de terre, rejoignant plus de 3 millions de personnes déjà déplacées. Dans le même temps, environ 20 millions de personnes, soit environ un tiers de la population du pays, vivaient déjà sous le seuil de pauvreté avant la catastrophe. C’était donc une catastrophe profondément dévastatrice. Tout rôle potentiellement salutaire des secours qui auraient pu être apportés dans cette catastrophe avait été rendu impossible par l’atrophie subie par les agences de gestion des urgences de l’État du fait de la guerre menée par l’armée contre son propre peuple.

À l’autre bout du monde, le génocide israélien à Gaza se poursuivait sans relâche. Deux semaines après le tremblement de terre du 28 mars, l’organisation musulmane birmane de gauche Association des Jeunes Musulman-es Progressistes8 (AJMP) a lancé une action intitulée « La Birmanie pour la Palestine ». La campagne a tenté de relier la souffrance du peuple birman à celle des Palestinien-nes, rappelant aux citoyen-nes birman-es que Gaza endure une catastrophe de destruction équivalente à un tremblement de terre chaque jour depuis plus d’un an et demi, mais que, contrairement à la catastrophe naturelle de la Birmanie, la catastrophe de Gaza est artificielle.

En mars 2025, j’ai ainsi interviewé Khun Heinn, un-e exilé-e musulman-e birman-e en Thaïlande et membre de l’AJMP. Je lui ai demandé de parler de l’environnement social des musulman-es birman-es, de leur place dans la révolution, et de pourquoi la question de la Palestine revêt une signification si profonde pour leur lutte.

Entretien

RASP : Après le 7 octobre 2023, la Palestine est devenue une question clivante au sein des cercles révolutionnaires de Birmanie. Dans ce contexte, comment votre organisation répond-elle à ces couches de tension ?

Khun Heinn : Oui, ils nous appellent kalar et nous n’avons jamais vraiment été accepté-es par la société birmane. Après le coup d’État, certain-es d’entre elleux ont soudainement commencé à se repentir, s’excusant d’avoir soutenu Aung San Suu Kyi et l’armée pendant le génocide des Rohingyas [qui a atteint son apogée en 2017]. Mais après le 7 octobre, leurs vraies couleurs sont réapparues. Certain-es ont recommencé à dire « les musulman-es sont des terroristes ». Donc oui, c’est effectivement devenu une question clivante au sein de la révolution. Pour nous, le 7 octobre a ressemblé à un retour en 2017, où toute la haine anti-musulmane avait déferlé. C’est le résultat d’une vie de lavage de cerveau sous le régime militaire et de l’agenda des gouvernements occidentaux concernant les musulman-es. Même si beaucoup d’entre elleux s’opposent maintenant à l’armée, cette islamophobie profondément enracinée est toujours là.

Quand j’étais enfant, il y avait un magazine hebdomadaire publié par l’armée qui s’appelait World Affairs.9 Il était rempli d’histoires qui dépeignaient les musulman-es comme des terroristes, parlant d’attentats suicides, de voitures piégées, et tout ça. Ces récits ont en fait été importés des États-Unis, repris en gros du discours de la « guerre contre le terrorisme » instauré après le 11 septembre. L’armée birmane est connue pour être anti-occidentale, mais elle a pleinement adopté la rhétorique islamophobe de lutte contre le « terrorisme » des États-Unis.

Après le coup d’État de 2021, de nombreux-ses dissident-es birman-es se sont excusé-es, mais nous n’avons jamais eu d’attentes envers la société mainstream dominée par les Bamars. Sans solutions structurelles, ces excuses ne sont que des performances pour la scène internationale. Nous ne croyons pas que la réconciliation puisse se faire de cette manière.

Pour nous, la lutte est plus complexe que ce à quoi les révolutionnaires bamars ont été confronté-es après le coup d’État. Nous sommes confronté-es à l’armée, oui, mais aussi à l’oppression des organisations chauvines dominantes de différentes manières, par exemple de manière politique. Les gens disaient « ce qui est le plus important maintenant, c’est que nous sommes en temps de guerre ». Nous devons nous organiser et nous battre, oui, mais nous devons aussi mettre fin à d’autres formes d’oppression également.

RASP : Mais comment convaincre la communauté musulmane de Birmanie que cette révolution est aussi SA révolution ?

Khun Heinn : C’est très difficile. Les musulman-es en Birmanie ont toujours été appelé-es kalar, et beaucoup d’entre nous se sentent comme des indésiré-es dans un pays étranger, qui est la manière dont la propagande militaire nous décrit. Il est rare que nous sentions que c’est notre terre, quelque chose que nous devrions reprendre à l’armée. Même pendant le gouvernement de la LND10, la Birmanie est restée dominée par le chauvinisme des Bamars et d’autres nationalités, et les musulman-es étaient toujours opprimé-es. Certain-es de mes ami-es ont même été emprisonné-es pour avoir pris la parole pendant le mandat d’Aung San Suu Kyi. Cependant, la démocratie reste quand même bien meilleure que le régime militaire – au moins les gens ne disparaissaient pas au milieu de la nuit sans laisser de trace.

Je pense que la première étape consiste à faire comprendre aux gens que la souffrance collective des musulman-es est en grande partie causée par ce régime militaire. Avant le coup d’État de 2021, la majorité Bamar n’était pas aussi hostile à l’armée. Maintenant, iels sont les plus actif-ves dans la résistance. Nous devons saisir ce moment précieux, combattre aux côtés des Bamars et démolir les narratifs de l’armée.

En même temps, nous savons toustes que cela ne suffit pas. Dans la vision de la nouvelle Birmanie, il n’y a pas de place pour les musulman-es selon les accords et conditions politiques. Par exemple, en vertu de la loi sur la citoyenneté de 1982, que nous appelons « la loi nazie », il n’y a pas de représentant-es gouvernementaux pour les musulman-es, les autres minorités religieuses ou les minorités ethniques sans territoire au sein du GUN (Gouvernement d’Unité Nationale). Le système fédéral proposé n’inclut pas la participation politique des minorités sans territoires ni pouvoir armé.

Ainsi, alors que nous devons nous battre avec les autres contre l’armée, nous devons aussi nous battre pour nous-mêmes au sein de la révolution. La première bataille exige que nous prenions les armes ; la seconde est une bataille de discours politiques, pour affirmer nos revendications et réclamer nos droits politiques. Pour nous, la route vers la révolution est longue.

RASP : Beaucoup de gens ne réalisent pas à quel point les communautés musulmanes sont diverses en Birmanie. Quand les gens pensent aux musulman-es en Birmanie, leur première réaction est généralement « Rohingya ». Pouvez-vous nous en dire plus sur les pratiques et l’implication des communautés musulmanes dans la révolution ?

Khun Heinn : J’ai un bon exemple pour cela : je suis l’un des fondateurs du Comité Consultatif Multi-ethnique des Musulman-es du Myanmar (CCMMM). C’est une coalition de différentes organisations musulmanes qui essaient de représenter les musulman-es de différents groupes ethniques, y compris les Rohingyas, dans le cadre imaginé d’une Birmanie fédérale démocratique après la révolution. Même si nous sommes tous-tes musulman-es, il y a encore de nombreux besoins, différents en fonction de votre origine et de votre groupe ethnique – mais la majorité bamar nous traite tous-tes de la même manière.

Nous nous demandons : comment pouvons-nous, en tant que musulman-es, vivre dans ce système ? Vous savez, il est extrêmement difficile d’être musulman-e en Birmanie, quelle que soit la région ou l’État dans lequel vous vivez. Par exemple, il y a des Rohingyas dans l’État de Rakhine, mais il y a aussi de nombreux-ses musulman-es chinois-es (Yunnanese) à Mandalay, des musulman-es d’Asie du Sud, des musulman-es Bamars et des musulman-es d’autres groupes ethniques réparti-es dans toute la Basse-Birmanie. La loi sur la citoyenneté de 1982 et d’autres formes de violence structurelle ont longtemps exclu les musulman-es de l’identité birmane.

Les musulman-es en Birmanie sont incroyablement divers-es, mais la société dominante ne se soucie pas de vos origines : si vous êtes musulman-e, vous devez faire face à une discrimination structurelle. C’est pourquoi nous construisons cette coalition musulmane inter-ethnique, en invitant toutes sortes d’organisations musulmanes à faire partie de ce mécanisme consultatif. Nous devons également élaborer une identité politique plus inclusive, qui puisse faire de la place à toutes les communautés musulmanes.

Je suis également membre d’une organisation appelée l’Association des Jeunes Musulman-es Progressistes (AJMP). Après le coup d’État, j’ai fondé l’AJMP avec un groupe de jeunes camarades musulman-es. Dans le cadre de la résistance contre la junte militaire, nous voulions mettre la question des droits des musulman-es sur la table. En plus de l’AJMP et du CCMMM, je travaille avec une plateforme médiatique appelée Intifada.

Avec l’AJMP et Intifada, nous mettons l’accent sur le mot « progressiste » : organiser les musulman-es pour défier les valeurs patriarcales et conservatrices de l’intérieur. Notre média s’appelle Intifada pour souligner l’importance de la lutte palestinienne et la résilience des musulman-es de Birmanie. Nous visons à relier la lutte des musulman-es en Birmanie à celle des Palestinien-nes – et même aux luttes plus larges des communautés musulmanes à travers le monde.

RASP : Pourquoi la question de la Palestine est-elle particulièrement importante pour vous ?

Khun Heinn : Parce que l’impérialisme et les classes dirigeantes portent différents visages dans différents contextes, mais qui sont tous profondément liés. Dans le contexte de la Birmanie, nous, les musulman-es locaux-ales, sommes les Palestinien-nes.

En Birmanie, l’opinion générale est que si vous soutenez la Palestine, vous soutenez le Hamas. Iels pensent que l’intifada est synonyme de violence du Hamas. Il y a très peu de compréhension du contexte politique et historique du mouvement de libération palestinien. Mais politiquement, je préfère nous positionner avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) – la branche progressiste et de gauche du mouvement. Depuis octobre 2023, nous essayons d’étudier et de comprendre plus profondément le mouvement palestinien. À la base, c’est une lutte contre l’occupation territoriale.

Pour de nombreux-ses musulman-es en Birmanie, les bombardements brutaux de Gaza et le génocide des Palestinien-nes par Israël sont clairement visibles. Le rôle des États-Unis est également évident. Tant de personnes dans la communauté musulmane dominante soutiennent la résistance menée par le Hamas. Leur solidarité avec les Palestinien-nes est fondée sur ce soutien au Hamas. Mais cela contribue également à un conservatisme croissant au sein de la communauté musulmane de Birmanie. Par exemple, poussé-es par des sentiments anti-américains et anti-impérialistes, certain-es expriment même leur soutien aux Talibans. C’est ce que nous devons essayer de changer.

C’est pourquoi l’AJMP fait un travail interne au sein des communautés musulmanes en présentant les factions de gauche de la résistance palestinienne et leurs idées. Nous essayons de changer la vision dominante au sein des communautés musulmanes. Leurs perspectives sur le mouvement de libération palestinien sont profondément liées à leur expérience vécue en tant que musulman-es en Birmanie, y compris la manière dont iels pratiquent leur religion.

Pour nous, si la junte est simplement renversée, les musulman-es resteront marginalisé-es, et les communautés musulmanes continueront à vivre sous des normes conservatrices et patriarcales, tandis que d’autres groupes ethniques resteront profondément nationalistes. Si nous ne pouvons pas changer les vieilles idées, alors qu’est-ce qui aura réellement changé après la révolution ? Cela peut paraître différent à la surface, mais en réalité, rien n’aura changé, sauf le groupe spécifique de personnes qui dirigerait l’État. Ainsi, même si nous sommes dans la quatrième année de la révolution post-coup d’État, nous avons l’impression que la véritable révolution n’a même pas encore commencé.

Après le 7 octobre, nous avons publié des déclarations et pris de nombreuses mesures pour intervenir dans l’espace public – non seulement envers les communautés musulmanes, mais aussi envers la société au sens large à travers toute la Birmanie. Nous soulevons constamment la question du rôle oppressif de l’Occident en Palestine, et nous soutenons que notre révolution ne peut pas compter sur l’Occident, et surtout pas sur les États-Unis. Ce ne sont absolument pas des alliés fiables.

RASP : La Révolution de Printemps a en effet été « favorisée » par l’establishment occidental dans une certaine mesure. Le GUN a constamment reçu le soutien des États-Unis, qui semblent également être le pays occidental ayant accueilli le plus d’exilé-es birman-es depuis le coup d’État. De nombreuses ONG internationales travaillant sur les questions birmanes sont également financées par l’USAID. Dans ce sens, il est très difficile pour les révolutionnaires birman-es de prendre une position sur la Palestine qui va à l’encontre de celle des États-Unis.

Khun Heinn : Nos positions ne sont jamais influencées par les positions d’aucune institution. Par exemple, nous avons toujours parlé ouvertement et de manière critique du GUN, de l’impérialisme occidental et de la Chine.

RASP : La coupure de l’USAID a d’énormes conséquences sur l’Asie du Sud-Est, en particulier sur les questions liées à la Birmanie. Pouvez-vous partager vos réflexions à ce sujet et comment cela affecte la Birmanie, déchirée par la guerre, et la révolution ?

Khun Heinn : L’éducation et la prise en charge de la santé pour les populations déplacées ont été au cœur de l’impact des récentes réductions de financement de l’USAID. Suite au coup d’État, de nombreux-ses étudiant-es impliqué-es dans le Mouvement de Désobéissance Civile (MDC) se sont retiré-es du système éducatif formel. En réponse, plusieurs plateformes d’apprentissage à distance ont émergé pour soutenir ces étudiant-es du MDC dans la poursuite de leur éducation et pour fournir un emploi aux enseignant-es du MDC. Certaines de ces initiatives avaient reçu un financement de l’USAID. Comparé à la Birmanie centrale, la coupure a eu des conséquences plus significatives pour les réfugié-es le long des frontières, ce qui a encore davantage tendu l’accès aux services essentiels.

Pour les Birman-es exilé-es en Thaïlande après le coup d’État, les situations des différentes organisations sont variables. Certains comptent sur des demandes de financement auprès d’organisations internationales pour maintenir leur fonctionnement, tandis que d’autres dépendent des dons de la diaspora birmane, ce qui constitue une forme d’entraide populaire. Notre organisation fonctionne selon ce modèle d’entraide populaire pour lever des fonds, et la plupart de notre travail est également du militantisme non rémunéré.

De plus, pour les groupes exilés à la frontière indo-birmane, l’USAID n’a jamais pu atteindre les ONG et les OSC (Organisations de la Société Civile) qui s’y trouvent.

RASP : Avant la coupure des fonds de l’USAID, certain-es de mes camarades birman-es disaient que la révolution avait été corrompue par les ONG internationales. Comment le voyez-vous?

Khun Heinn : J’aimerais utiliser une citation de Thomas Sankara (premier président du Burkina Faso, révolutionnaire marxiste et panafricaniste) : « Celui qui vous nourrit vous contrôle. » Vous savez, tous les groupes doivent écrire des propositions pour s’adapter à leurs agendas et écrire un rapport de chaque activité pour le donateur. C’est devenu un projet mené par les donateurs, ce qui signifie qu’il n’est pas pour la communauté, mais pour le donateur.

RASP : D’après mes observations au cours des deux dernières années de la révolution, il semble que parmi tous les groupes impliqués, les musulman-es soient les plus radicaux et les plus imaginatifs politiquement. La plupart des autres groupes s’accrochent au rêve inachevé du fédéralisme, avec des minorités ethniques ayant leurs propres états semi-autonomes. Certain-es révolutionnaires bamars ont même proposé de former un « État bamar » dans la Basse-Birmanie. Mais il s’agit d’une forme de purification ethnique qui reproduit simplement la logique de l’État-nation. En réalité, les plaines centrales de Birmanie abritent depuis longtemps un mélange de différents groupes ethniques. Même de nombreuses régions de montagne, comme l’État Shan, sont très mélangées. Si nous imaginons l’avenir de la Birmanie à travers cette lentille puriste, nous pouvons facilement prévoir que dans des endroits comme l’État de Rakhine, où le peuple Rakhine gagnera plus de pouvoir, les Rohingyas – qui n’ont pas d’État propre – seront confronté-es à une oppression encore plus grande. En fait, alors que l’Armée d’Arakan gagne du terrain dans l’État de Rakhine, le cauchemar revient déjà pour les Rohingyas. Pourtant, dans mes interactions avec les révolutionnaires, la plupart des Bamars adhèrent simplement au récit de la vision fédérale du GUN. Seul-es les musulman-es semblent ne pas être convaincu-es. Parce que les musulman-es vivent depuis longtemps dispersé-es dans le pays et sont composé-es de diverses origines ethniques, le fédéralisme n’a jamais vraiment été une solution pour vous. Et sous cette prémisse, j’ai vu de nouveaux imaginaires et pratiques politiques émerger. Pouvez-vous nous en dire plus à leur sujet ?

Khun Heinn : Oui, la vision dominante post-révolutionnaire est actuellement le fédéralisme démocratique. Mais le fédéralisme ne doit pas devenir une autre forme de création de frontières. Nous n’avons pas de territoire propre, donc le fédéralisme n’a jamais été notre solution. C’est pourquoi nous cherchons des alternatives, non pas basées sur des frontières territoriales, mais sur l’autonomie culturelle.

Ce type de fédéralisme pourrait en fait donner naissance à des formes plus fortes d’ethno-nationalisme que celles que nous avons aujourd’hui. Cela éliminerait notre capacité à organiser le travail au-delà des frontières fédérales. Nous ne pourrions pas nous unir sous une bannière commune. Mais nos luttes sont interconnectées, et nous devons nous tenir ensemble.

Dans le contexte de la Révolution du Printemps, les musulman-es sont un groupe opprimé. Nous ne pouvons pas supposer que la révolution nous apportera un changement significatif, nous devons donc être plus radicaux-ales que les autres. Et les femmes musulmanes, qui sont encore plus opprimées parmi les musulman-es, ont tendance à être encore plus radicales.

Nous promouvons maintenant un nouveau concept politique : l’autonomie non territoriale. Ce concept est crucial pour nous. Comparé à de nombreux autres groupes ethniques minoritaires, nous n’avons pas de base territoriale à partir de laquelle exercer notre autonomie. La stratégie des Rohingyas a été d’affirmer qu’ils sont le peuple indigène de l’État de Rakhine11. Mais la plupart des musulman-es en Birmanie sont dispersé-es dans tout le pays. Alors, comment imaginons-nous les droits politiques collectifs dans une société post-révolutionnaire ? Nous devons dépasser les limitations des frontières territoriales.

Cette idée d’autonomie non territoriale est encore très nouvelle et ne s’est pas encore répandue. Mais nous pensons qu’elle a des applications plus larges. Par exemple, la communauté chinoise en Birmanie est également dispersée et s’est longtemps vu refuser la reconnaissance en tant que groupe ethnique distinct. Ou prenez le cas des Karen, des Mon ou des Shan qui sont né-es et ont grandi à Yangon plutôt que dans leurs patries traditionnelles. Leur identité ethnique est détachée de l’endroit où ils vivent. Ils ont également besoin d’un cadre politique alternatif, qui ne les force pas à « devenir Bamar ».

Dans ce cadre d’autonomie non territoriale, nous n’essayons pas de mettre en place nos propres institutions gouvernementales. Les musulman-es vivant dans différentes régions seraient toujours soumis-es aux juridictions administratives locales. Mais ce que nous demandons, ce sont des droits collectifs, y compris une représentation politique proportionnelle au sein de ces gouvernements locaux. Nous voulons également notre propre système de protection sociale à travers le pays : éducation, santé, etc. Dans la société dominante, les besoins des musulman-es dans ces domaines sont constamment négligés. Et considérant que les musulman-es ont vécu sous une inégalité structurelle pendant des décennies, ayant même été privé-es de leurs droits de citoyenneté de base, nous devons exiger l’équité, pas seulement l’égalité. Cela signifie que nous, en tant que minorité marginalisée et historiquement dépossédée, devrions bénéficier d’une considération spécifique dans la manière dont les ressources et les opportunités sont distribuées.

Je suis né-e et j’ai grandi à Yangon parmi les Bamars. Mon visage me disait que mes ancêtres avaient migré depuis l’Asie du Sud. Mais je me soucie de ma vie sur cette terre, la terre où je suis né-e, la terre où mes parents et mes grands-parents sont né-es. Je bois du thé indien après le mohinga birman12 le matin. C’est ainsi que j’ai grandi. Je suis un-e partisan-e de la lutte contre la junte, donc cette révolution est aussi ma révolution.

  1. Spring Revolution dans le texte original.[]
  2. Khun Heinn (un pseudonyme) préfère utiliser le terme anglais « Burma » (« Birmanie » en français) plutôt que « Myanmar » en raison de l’association de ce dernier avec le régime militaire au pouvoir depuis son adoption officielle en 1989. Nous avons donc suivi son exemple. D’autres militant-es de gauche birman-es préfèrent « Myanmar » malgré cette association parce que « Birmanie » (également préféré par la Ligue Nationale pour la Démocratie libérale) est plus étroitement lié à la majorité Bamar (également connue en français sous le nom de « Birman-es », qui représente environ 69 % de la population), ainsi qu’au colonialisme britannique. Les deux termes sont identiques en birman, les différentes orthographes françaises représentant des prononciations littéraires et familières. Les deux dérivent du terme signifiant « bamar » pour leur propre groupe ethnique.)[]
  3. Ce texte a également été traduit par l’AIA-PB. Voir https://antimiliparis.noblogs.org/post/2026/02/22/depeches-de-mae-sot/.[]
  4. Nous avons traduit les titres à des fins de compréhension, les titres origniaux étant respectivement « Three Theses on the Crisis in Rakhine », « Until the End of the World » et « Unhappy is the Land That Needs Heroes ».[]
  5. Idem, les titres originaux étant « Against Pinkwashing » et « Palestine and Xinjiang under Capitalist Rule ».[]
  6. Civil Desobedience Movement en anglais[]
  7. United States Agency for International Development, Agence des États-Unis pour le développement international, dont le gouvernement trumpiste a fait fermer 83% des projets d’aide en 2025.[]
  8. Progressive Muslim Youth Association (PMYA) en anglais[]
  9. Traduisible en français par « Les Affaires du Monde ».[]
  10. Ligue Nationale pour la Démocratie, parti d’Aung Saan Suu Kyi et parti au pouvoir entre 2015 et
    2021, renversé par le coup d’État[]
  11. Avant le génocide des Rohingyas, la société birmane dominante n’avait jamais entendu le terme « Rohingya ». Elle les appelait « Bengalis », sous-entendant qu’iels étaient des immigrant-es illégales et illégaux du Bangladesh. Le terme « Rohingya », signifiant « peuple de Rakhine », est une revendication politique d’identité et de reconnaissance depuis longtemps. (Note du RASP)[]
  12. Le « plat national », composé d’une soupe de poisson avec des nouilles de riz.[]
Publié dans General | Commentaires fermés sur Nous sommes les palestinien-nes de Birmanie

Le décolonialisme ou la mort : regards croisés Congo-Kanaky contre les mines et la militarisation

Nous publions la retranscription d’une discussion que nous avons organisée en juillet 2025 à La Générale (Paris 14e)  sur la place de l’extractivisme minier et des questions écologiques dans la(es) guerre(s) et la militarisation, avec un focus sur deux pays : la République Démocratique du Congo et la Kanaky. Pour discuter de tout cela, nous avons invité deux militants, Christian et David, à partager leurs expériences, leurs vécus et leurs stratégies de luttes.

David Maenda Kithoko est membre de Génération Lumière, une association écologiste qui lutte contre l’extractivisme au Congo depuis la France et dans le Sud-Kivu. Christian Fizine est vice-président du MKF, Mouvement des Kanaks en France, partie prenante de la lutte pour l’indépendance de la Kanaky.

Ce zine est disponible à la lecture en format page par page et à l’impression en format cahier.

Publié dans General | Commentaires fermés sur Le décolonialisme ou la mort : regards croisés Congo-Kanaky contre les mines et la militarisation

Les montagnes sont le refuge des peuples libres : quelques leçons tirées de la vie dans les collines birmanes

En vue d’un tout prochain évènement de soutien à l’AIF (Antifascist Internationalist Front) qui se bat au Myanmar contre la junte militaire ayant pris le pouvoir à la suite du coup d’Etat de 2021, l’AIA-PB s’est donné pour mission de traduire plusieurs de leurs textes et brochures. Ainsi, après Perspectives antifascistes sur la lutte révolutionnaire au Myanmar, nous publions aujourd’hui notre traduction de Lessons from the Hills, que nous avons intitulé Les montagnes sont le refuge des peuples libres : quelques leçons tirées de la vie dans les collines birmanes.

L’AIF s’inscrit dans une longue tradition d’internationalisme antifasciste allant de l’Espagne au Rojava. Partout où les dictatures sèment la terreur, la mort et l’oppression, les peuples s’organisent et arrachent leur libération. Au Myanmar, les internationalistes ont ainsi pris l’initiative de former un front armé afin de soutenir la lutte contre le gouvernement fasciste que mènent les populations birmanes depuis des années maintenant.

Les montagnes sont le refuge des peuples libres est un texte écrit par Rachel Ram Len Mawi, membre de l’AIF, dans lequel iel revient sur son engagement dans la révolution birmane au sein de l’Etat de Chin.

Ce texte est disponible à la lecture au format page par page et à l’impression au format brochure. Bonne(s) lecture(s) !

Publié dans General | Commentaires fermés sur Les montagnes sont le refuge des peuples libres : quelques leçons tirées de la vie dans les collines birmanes

Se défendre : à propos des armes de la police et de comment s’en protéger

fond blanc avec 5 dessins d'armes de la police, dont 3 grenades et deux lanceurs.

Quiconque a eu régulièrement à faire à la police au cours des dernières années a pu le remarquer : la police s’arme, et ce de manière toujours plus massive. La tendance à la hausse est indéniable et elle concerne autant le nombre d’agents, l’équipement, le matériel, que les dépenses au sens plus large. Les armes de la police ne font pas exception à la règle : les policiers sont sur-armés, loin d’être formés à l’utilisation de leurs armes et peu prompts, de toute façon, à les utiliser de manière réglementaire.

L’argument est que plus d’armes signifierait des armes plus adaptées à chaque situation, et donc un maintien de l’ordre plus efficace, plus « démocratique ». Cependant, plus d’armes signifie en réalité plus d’occasions pour chaque keuf d’appuyer sur la gachette, de blesser ou de tuer. Cela habitue le corps policier à se servir des armes et à voir les individu-es comme des cibles. L’armement croissant du « maintien de l’ordre » a ainsi des conséquences très concrètes sur les corps et les esprits auxquels il s’oppose : mutilés, réprimés, blessés… Nos corps et nos idées ne ressortent jamais indemnes de ces confrontations.

L’arsenal judiciaro-législatif n’est là d’aucun recours, puisqu’il conforte en permanence les policiers dans une position (fausse au possible) de prétendue légitime défense (ultime contradiction dans les termes s’il en est). La riposte face à l’armement ne peut venir que de nos propres rangs : si nous ne nous protégeons pas, personne ne le fera.

Partant du travail de recensement des armes du maintien de l’ordre effectué par plusieurs groupes, comme Désarmons-les ou maintiendelordre.fr, nous avons donc tenté d’élaborer des stratégies de défense, de soin et de protection à mettre en place face à ces armes. Ces stratégies, nées des expériences de chacun-es, ont été regroupées dans un format zine que nous avons essayé de rendre aussi concis que possible pour en faciliter la lecture. Ces stratégies sont toujours à peaufiner et doivent être imaginées ensemble, alors n’hésitez pas à nous faire parvenir vos retours, vos réflexions, et vos propositions à antimiliparis@autistici.org, la brochure sera mise à jour en fonction.

Se défendre : à propos des armes de la police et de comment s’en protéger est disponible au format page par page pour la lecture et au format brochure pour l’impression.

Publié dans General | Commentaires fermés sur Se défendre : à propos des armes de la police et de comment s’en protéger

Perspectives antifascistes sur la lutte révolutionnaire au Myanmar

Deux camarades du régiment PDF de Mandalay posent en tenue militaire, le sourire aux lèvres, au milieu des arbres. Elles portent toutes les deux leurs armes sur l'épaule et arborent un écusson des PDF (People's Defense Forces, Forces de Défense du Peuple) sur leur uniforme militaire. Cette photo, tirée du compte instagram de l'AIF, leur a été envoyée par les camarades après qu'elles ont suivi la formation sniper proposée par l'AIF.

Dépêches du Front Internationaliste Antifasciste

Ce texte a été traduit par l’Assemblée Internationaliste Antimilitariste Paris-Banlieues, depuis le site Southeast Asian Anarchist Library :
https://sea.theanarchistlibrary.org/library/international-solidarity-for-the-aif-anti-fascist-perspectives-on-revolutionary-struggle-en

Cet article est aussi disponible à l’impression en A4 page par page et au format brochure.

Baran, médecin de combat

L’AIF1 suit une longue tradition d’internationalisme antifasciste allant de l’Espagne au Rojava. En voyant la guerre populaire au Myanmar, les internationalistes ont pris l’initiative de former un front internationaliste contre le gouvernement fasciste, tout comme iels l’ont fait en 1936 et en 2014. La révolution a rassemblé tous les secteurs de la société, urbains et ruraux, la majorité birmane et les minorités ethniques, les jeunes et les vieux.

Pendant la majeure partie de mon temps passé au Myanmar, j’ai vécu parmi les camarades locaux’ales et j’ai beaucoup appris d’elleux, leur bravoure ne connaît aucune limite et leur cœur aucune peur. Avant la révolution, nos connaissances et nos professions dans le domaine médical étaient utilisées à des fins lucratives, maintenant peut-être pourront-elles être utilisées au profit du peuple. Comme les camarades que j’ai rencontré’es au Kurdistan, iels sont infiniment hospitalier’es et accueillant’es, et désintéressé’es dans leur dévouement à la révolution. Je m’efforce de leur ressembler chaque jour davantage et de rendre fier’es toustes celleux qui sont tombé’es en martyrs en combattant pour cette cause.

Le coût humain de la violence fasciste est visible partout, beaucoup de médecins avec qui j’ai le privilège de servir ici ont tout laissé derrière elleux pour rejoindre la révolution, mettant en grand danger elleux-mêmes et leurs familles. Beaucoup sont déplacé’es, de nombreuses villes et villages sont en ruine à cause des bombes fascistes, et les blessé’es ne cessent d’affluer. Au cours des batailles auxquelles nous avons participé, des dizaines de camarades ont été amené’es à l’équipe médicale avec des blessures de gravité variable. Nous soignons tous les camarades du mieux que nous pouvons, aux heures de calme comme sous les bombardements : c’est une réalité que nous avons acceptée en rejoignant la révolution.

J’ai toujours vu la pratique de la médecine au profit du peuple comme révolutionnaire, en m’inspirant des dignes révolutionnaires comme Che Guevara ou Alina Sanchez. Les médecins, les infirmier’es et les docteurs ici cherchent à guérir les blessures infligées par les fascistes et, au sens littéral, à réparer les torts causés par l’attaque de 2021 contre la démocratie. Mais par-dessus tout, notre objectif est de mettre en commun avec nos camarades nos connaissances et de les utiliser au service du peuple et de la révolution populaire.

Entretien avec l’internationaliste d’infanterie Hêlîn

Pourquoi es-tu allée au Myanmar pour rejoindre le front internationaliste antifasciste ?

Je suis la lutte en Birmanie contre le coup d’État militaire depuis qu’elle a repris il y a 4 ans, et je me suis sentie connectée à la lutte lorsque les gens utilisaient des bâtons, des casques et des lance-pierres pour combattre le fascisme dans des groupes auto-organisés qui rassemblaient des personnes de toute la société. J’ai vu l’AIF comme une chance de participer à cette résistance qui s’est transformée en une révolution à grande échelle, plus proche que jamais de renverser le pouvoir historique de l’armée, un pouvoir qui est présent depuis la colonisation de la Birmanie dans les années 1800. Si le mouvement pour la liberté l’emporte ici, nous pourrons l’utiliser comme inspiration dans les combats chez nous contre le fascisme qui s’intensifie rapidement.

Comment t’es-tu adaptée à la vie dans l’AIF ?

Depuis que je suis arrivée ici et que je fais partie de l’unité, je vis en communauté avec d’autres antifascistes, nous nous réveillons et nous entraînons ensemble tous les jours et nous partons régulièrement en mission. Nous nous jettons au sol ensemble quand les frappes aériennes arrivent, et nous plaisantons sur le manque de précision des pilotes. Cela a été une leçon de vie en communauté et sur le fait d’être une révolutionnaire plus active que je ne peux l’être chez moi. Un’e des camarades a parlé de la façon dont nous pouvons agir et penser de façon révolutionnaire même lorsque nous nous détendons et faisons la vaisselle, et j’ai senti que ç’a été un vrai changement dans ma façon de penser, que j’espère conserver en rentrant chez moi. On s’adapte très vite à la vie près d’une ligne de front, les coups de feu au-dessus de la tête deviennent normaux et les frappes aériennes deviennent une routine, bien que jamais agréables. En tant qu’européenne, se promener avec une arme était étrange, mais prendre son petit-déjeuner armée est maintenant normal pour moi.

Y a-t-il eu des hauts et des bas ?

Je dirais que les moments forts ont été d’être accueilli’es si chaleureusement par tant de révolutionnaires locaux qui sont heureuxses que nous soyons là pour combattre avec elleux, ainsi que ce délicieux café cultivé localement, qui fait son effet après une période chargée ou avant une mission intense. Je vais essayer de trouver un moyen de ramener du café avec moi quand je partirai.
Pour les bas, évidemment les frappes aériennes ne sont jamais amusantes mais elles sont aussi rarement précises. Mais surtout, évidemment, mon foyer me manque ; je parle régulièrement avec mes camarades chez moi et même si mes ami’es, mes camarades et le confort de la maison me manquent, j’ai aussi l’impression d’être sur une fréquence différente ici et que je rentrerai chez moi en étant une révolutionnaire, une antifasciste et une personne nettement plus forte.

Quelque chose que tu voudrais dire aux antifascistes en Occident ?

Le message principal que je voudrais faire passer est que le changement révolutionnaire est réel et possible : en Birmanie, cette révolution a été lancée, maintenue et bientôt peut-être gagnée entièrement par des gens lambda, la plupart n’ayant jamais tiré avec une arme et beaucoup ayant à peine quitté l’école. Que ce soit la lutte révolutionnaire dans votre pays ou le fait d’aller soutenir une révolution en tant qu’internationaliste, tout est possible et vous pouvez franchir les étapes vous-même ou avec vos camarades sans attendre la permission de qui que ce soit.

Perspectives féministes sur la lutte révolutionnaire au Myanmar

Rachel, spécialiste des drones

C’est un défi de décrire l’expérience et les œuvres des femmes dans cette révolution. Je peux bien sûr parler de mon propre temps passé ici en tant que femme dans notre unité internationaliste, et décrire les nombreuses autres femmes incroyables avec lesquelles j’ai combattu ici, mais je ne peux pas prétendre avoir une image complète de la question : cette révolution est vaste et complexe, et la mince tranche que j’en ai rencontrée jusqu’à présent par mes expériences ne peut même pas espérer commencer à englober la variété de chemins que les femmes ont parcourus dans les nombreuses batailles contre le SAC2.

Il n’y a aucune raison ni besoin d’édulcorer les choses : le Chinland, où nous combattons, est un endroit socialement conservateur avec des rôles de genre profondément ancrés, et la révolution ici ne fait pas exception. La rigide structure sociale post-coloniale ici est une menace constante et un obstacle aux opportunités auxquelles les femmes peuvent accéder, y compris au sein des forces opposées au SAC.

Les droits des femmes constituent un terrain de lutte essentiel ici, et je suis honoré de dire que c’est un terrain sur lequel nous gagnons rapidement du terrain en tant qu’organisation. Toutes les formations spécialisées que nous avons offertes à nos allié’es ont exigé au minimum une parité des membres, une politique que nous avons maintenue malgré les tentatives des commandants locaux de se trouver des excuses pour s’en dispenser. Nous ne sommes peut-être qu’un petit groupe, mais notre impact sur le combat local est très large grâce aux compétences que nous apportons. Il est important que nous abordions cet impact plus large avec attention et, jusqu’à présent, je pense que nous l’avons fait plutôt bien.

Une alliée de poids dans cette avancée, et de notre équipe en général, est l’une des leaders d’une organisation politique et armée révolutionnaire alliée. Bien respectée par ses pairs et crainte par les puissants hommes militaires qu’elle commande, elle a encouragé et soutenu notre insistance sur l’égalité des genres dans nos tâches à chaque étape.

D’après mon expérience, en enseignant la guerre par drones aux soldat’es locaux’ales, j’ai constaté que les femmes impliquées dans la révolution sont désireuses de s’emparer de n’importe quel outil, de n’importe quelle arme, littérale ou métaphorique, qu’elles peuvent trouver dans leur lutte pour l’égalité. Par conséquent, les femmes sont toujours mes meilleures étudiantes et les plus dévouées. Au début de cette formation, de nombreux garçons avaient déjà une expérience à ce sujet et pensaient qu’ils pourraient être avantagés, que le cours serait une promenade de santé pour eux. Non seulement cette expérience les a gênés dans une certaine mesure, les obligeant à désapprendre les mauvaises habitudes, mais elle était aussi responsable de leur ego, qui a entravé leur capacité à acquérir les compétences nécessaires.

En revanche, les filles ont été des apprenantes voraces. À chaque occasion, elles utilisent les simulateurs et le matériel d’entraînement pour perfectionner leur technique, se rassemblant en cercle autour de celle qui s’entraîne. Il y a une saine compétition entre elles, c’est certain, mais bien plus que cela, je vois une profonde camaraderie, une joie partagée dans le succès de l’une de leurs sœurs.

Une femme locale, la cheffe de l’unité des femmes, a également intégré notre unité pour toutes nos récentes missions de combat. Agissant comme soldate d’infanterie, opératrice radio et traductrice, elle joue un rôle essentiel dans notre équipe et a excellé dans chaque mission que nous avons exécutée jusqu’à présent. Elle a déjà connu plus de contacts avec l’ennemi et de combats « chauds » que de nombreux soldats engagés ici, et chaque fois que nous sortons, je vois la façon dont les hommes interagissent avec elle changer rapidement.

Pendant la première mission, partout où nous allions au front, les hommes se rassemblaient pour la regarder, échangeant des blagues murmurées que je ne comprenais pas mais qui durcissaient son visage. Peu de temps avant cette mission, un garçon allant au front s’était emparé de son armure, et aucun de ses supérieurs n’avait levé le petit doigt pour l’en empêcher. Depuis ce jour, elle utilise la mienne. Sa ceinture de combat est une pièce de rechange que j’avais dans mon sac, son kit de premiers secours individuel et ses poches sont tous bricolés à partir de ce que nous n’utilisions pas ou que nous pouvions abandonner.

Le fusil qu’elle porte (résultat de notre insistance pour qu’elle soit armée) est une autre histoire. Les fusils de la série MA ici sont en général lourds, peu fiables et à moitié cassés ; une pâle copie du déjà bizarre Galil israélien fabriquée par le SAC. Le sien, cependant, est un symbole de statut : une variante légère, à canon court, avec un récepteur estampé et une crosse pliable en fibre de carbone, qu’elle porte avec fierté et expertise et oh, comme les garçons la regardent avec envie. Comme tout son équipement (et le nôtre), il reste dans l’armurerie de notre unité. Aucun soldat n’oserait nous prendre quoi que ce soit, comme ils se sentent malheureusement autorisés à le faire avec l’unité des femmes.

Depuis cette première mission, cette soldate a joué un rôle essentiel dans de nombreuses missions de combat, en utilisant des équipements de haute technologie et des tactiques modernes pour frapper l’ennemi. Elle a été dans les tranchées, au sens propre comme au figuré, et cela se voit à la fois dans la façon dont elle se perçoit elle-même et dans la façon dont elle est perçue par les autres.

Mon grand espoir est que, lorsqu’elle et d’autres femmes auront acquis de l’expérience au combat, de la confiance et du capital social grâce à leur entraînement et à leur service avec nous, elles pourront agir en tant que leaders respectées, un statut que les femmes impliquées dans cette révolution méritent, et apporter d’autres changements de leurs propres mains. Pour l’instant, ces femmes hautement entraînées et très capables sont considérées par leurs pairs comme l’exception. Seules elles peuvent faire de leur position la règle et la norme par laquelle toutes les femmes révolutionnaires sont jugées.

En prenant du recul, ou peut-être en me rapprochant, cette question m’a fait réfléchir à ma propre expérience du genre, d’une manière très familière. « Femme », bien que ce soit une partie essentielle de qui je suis et une partie de mon expérience durant toute ma vie, n’est pas mon entièreté. Étant à la fois intersexe et non-binaire, je me demande si et comment cette révolution pourrait servir à améliorer les droits et la position des personnes comme moi à travers le Chinland, à travers la Birmanie.

Je ne teste pas souvent les possibilités de cela dans ma vie quotidienne ici. Pour de nombreuses raisons, il est plus facile et plus sûr de simplifier ma position ici à juste « femme ». Pas besoin de compliquer davantage un terrain de lutte déjà difficile. Ce n’est pas non plus uniquement pour des raisons externes ou cyniques : ici, dans le monde hyper-masculin de la guerre, mettre en avant ma féminité féroce et dangereuse est tout simplement plus important pour moi que d’explorer chaque nuance détaillée de mon genre.

Dans un tel lieu d’extrêmes, je peux être profondément content’e de choisir une limite de mon être et de l’incarner avec sévérité.

Bien que la polarité intense du combat ait contribué à « binariser » mon expérience personnelle, la Révolution et ses échos fracassants peuvent, pour beaucoup, ouvrir de nouveaux terrains à explorer et permettre d’occuper des formes plus étranges et plus uniques de l’expérience humaine. Je le vois dans la façon dont les femmes interagissent entre elles : en partie grâce à leur nouveau rôle et genre de « Soldat », elles soutiennent une forme de féminité plus large et plus expansive que celle que j’ai vue disponible pour les femmes dans les villages et les villes où la paix permet aux structures et aux garde-fous de la vie quotidienne de rester figés.

Ici, au front, dans une bataille déjà si féroce qu’elle est un badge d’honneur pour ceux qui y participent, les lignes ne sont pas si claires. Certes, il reste des forces, des murs de bienséance qui poussent les femmes à adopter les comportements attendus. Mais ces murs, comme les murs de tant de vieilles structures en briques ici, sont sans cesse frappés et abîmés par les bombes et les balles et feront bientôt partie du paysage de décomposition d’une ville abandonnée.

À chaque frappe aérienne que le SAC nous envoie, à chaque pile tragique de débris où se dressaient autrefois des bâtiments fiers, les murs sociaux de la « femme » s’effondrent également, offrant de nouveaux champs de tir ouverts à partir desquels les filles courageuses d’ici peuvent viser une manière d’être, plus brillante et plus dangereuse.

J’espère qu’elles trouveront leurs cibles.
Rachel, AIF

Entretien avec la commandante de l’unité féminine Par Te

Pourquoi as-tu rejoint la révolution ?

La raison pour laquelle j’ai rejoint la révolution est que, lorsque je vivais dans le village, il y avait des combats entre les armées du SAC et les armées révolutionnaires et nous devions fuir les combats pour échapper aux balles. Mes jeunes frères et sœurs n’ont aucune chance de fuir ces choses dangereuses et je veux que cette guerre se termine, alors j’ai rejoint cette révolution pour y travailler autant que possible. Avant de rejoindre cette révolution, je ne pouvais pas imaginer que les choses seraient si difficiles. Après avoir rejoint cette révolution, j’ai rencontré des difficultés et des moments de désespoir, mais je pense à mes jeunes frères et sœurs resté’es au village et je veux qu’iels aient une bonne vie après cette révolution et qu’iels reçoivent une éducation afin qu’iels puissent diriger leur village une fois la guerre terminée. C’est pourquoi je fais passer cette révolution en premier, plutôt que de rester chez moi.

Comment as-tu trouvé la vie au front par rapport à la vie chez toi ?

À la maison, je peux manger ce que je veux (quand nous en avons) et ma famille est là, donc je me sens beaucoup plus en sécurité. Je ne pensais pas beaucoup chez moi, je restais simplement dans le confort avec ma famille. En révolution, je dois prendre soin de moi et de ma santé parce que quand je tombe malade, personne ne s’occupe de moi comme à la maison, c’est une énorme différence entre quand j’étais chez moi et être une révolutionnaire. Quand j’étais chez moi, je pouvais me lever quand je voulais, en révolution je dois être disciplinée et je dois suivre les ordres quand ils sont donnés. Parfois quand il fait très froid je ne veux pas me lever tôt mais je dois le faire, et je ne peux pas manger ce que je veux. Je dois faire mon travail pour soutenir cette révolution et je dois suivre la discipline : même si parfois je ne veux pas travailler sous le soleil brûlant, je dois le faire quand même.

Qu’espères-tu pour l’État Chin et le Myanmar ?

J’espère que la jeune génération pourra avoir une bonne éducation afin qu’elle puisse mieux réfléchir, qu’elle puisse vivre mieux à l’avenir et je veux qu’elle ait une vie simple, sans avoir à entendre des explosions ou de coups de feu. J’attends de la nouvelle génération qu’elle nous conduise vers de meilleures communautés et un meilleur environnement.

Qu’espères-tu faire personnellement après la révolution ?

Depuis que je suis petite, je voulais être médecin et aider les gens malades et en mauvaise santé et si je ne peux pas le faire maintenant, je veux aussi être infirmière. Ce que je veux c’est aider les gens qui souffrent. Dans mon village, nous avions un très mauvais système de santé, et les malades n’ont pas de bons médicaments, c’est pourquoi je veux être médecin et les aider.

Que faisais-tu avant la révolution ?

J’étudiais et une fois que le coup d’État a eu lieu, je ne pouvais plus étudier. J’ai vécu dans un camp de déplacé’es et dans d’autres endroits ici et là, et j’ai également dû travailler au lieu d’étudier, afin d’aider mon père à nous nourrir.

Que penses-tu de l’AIF ?

Je respecte beaucoup les membres de l’AIF parce qu’iels viennent de pays développés et qui ont déjà certaines libertés, et pourtant iels viennent ici pour se battre aux côtés des gens qui souffrent. Avant que quiconque ne leur demande, iels sont venus participer à la révolution et je leur en suis très reconnaissante. Iels nous donnent des cours sur ce qu’iels savent, partagent leurs connaissances et capacités et développent nos compétences pour combattre le SAC. En étant avec elleux, nous développons de nouvelles expériences, de nouvelles connaissances et de nouvelles capacités que nous n’avions pas ; j’ai appris beaucoup de choses avec elleux. Par exemple, pas seulement des compétences militaires, mais aussi comment les révolutionnaires doivent vivre et agir dans la vie quotidienne.

Des commentaires supplémentaires pour les lecteur’ices ?

Je suis très encouragée par l’AIF, car quelles que soient les difficultés que nous pouvons rencontrer dans notre pays, iels viennent ici pour les partager avec nous. Quand je me sens déprimée, je regarde les membres de l’AIF, je sais qu’iels sont venu’es ici pour souffrir avec nous, alors nous devons mener cette révolution à son terme. Notre pays est en train d’être détruit, et nous devons travailler dur pour obtenir notre liberté – nous reprendrons le Myanmar au dictateur et le mènerons vers un meilleur pays, nous reconstruirons notre pays même si ce sera très difficile, nous le ferons et nous ferons de notre mieux. Nous avons besoin du soutien de toustes, du soutien des civils et de toustes nos ami’es et allié’es pour y parvenir. Nous serons encouragé’es et plus fort’es si nous travaillons ensemble main dans la main. Soutenez la révolution au Myanmar autant que vous le pouvez.

Contacts

Si vous souhaitez suivre l’AIF, les soutenir en partageant et en faisant des dons ou entrer en contact avec elleux, vous pouvez les trouver sur :

Instagram : @AIFMyanmar
YouTube : youtube.com/@AIFMyanmar
Email : AIFMyanmar@protonmail.com

  1. Anti-Fascist Internationalist Front, Front Internationaliste Antifasciste en français.[]
  2. Le State Administration Council, Conseil d’administration de l’État en français, correspond à la Junte militaire au pouvoir. Le SAC, le Tatmadaw, la Junte, la Dictature, etc. sont tous des termes désignant la même force dirigeante. Il sera désigné par le terme SAC tout au long de cet article[]
Publié dans General | Commentaires fermés sur Perspectives antifascistes sur la lutte révolutionnaire au Myanmar

De France Travail à la Paris Games Week, la propagande militariste est en marche

Retour sur le rassemblement du jeudi 23 octobre contre le forum de l’Armée de Terre organisé par France Travail

Ce jeudi 23 octobre se tenait un forum de l’Armée de Terre organisé par France Travail dans la mairie du 15e arrondissement de Paris. Ce forum se voulait un lieu de rencontre entre des chômeureuses inscrites à France Travail et des cadres de l’Armée de Terre, dans le but de recruter. Plusieurs organisations (Lignes de Crêtes1, Mouvement des mères isolées2 et CGT Chômeurs Rebelles) avaient donc appelé à un rassemblement devant la mairie le même jour. L’objectif était de mettre en lumière ce genre d’évènement faisant la propagande de l’armée et qui, pourtant, passe souvent inaperçu. Une trentaine de personnes se sont réunies dehors face à la mairie, et plusieurs ont témoigné. L’une, inscrite à France Travail depuis tout juste 6 semaines, avait déjà reçu trois mails de promotion de l’armée, la police et la gendarmerie, toujours à mi-chemin entre l’invitation et la convocation à des évènements de propagande. Une autre, conseillère chez France Travail, expliquait comment le gouvernement contournait le fonctionnement habituel de France Travail pour organiser le recrutement des chômeureuses dans l’armée : les conseilleres de France Travail n’ont pas connaissance de toutes les offres d’emploi militaires qui sont communiquées par mail aux demandeureuses d’emploi, ni des évènements auxquels iels sont incité’es à venir. Enfin, une personne du Mouvement des mères isolées soulignait le ciblage spécifique d’un public jeune et précaire – les 18-30 ans étant la catégorie visée par ces offres d’emploi – et dénonçait la pratique de l’Etat d’offrir à ces personnes l’armée comme seule échappatoire à la précarité. 

 

Cet évènement n’est pas un cas isolé, ni une anomalie, encore moins un dysfonctionnement de France Travail. Le réarmement est dans tous les discours, et l‘été 2025 a notamment été marqué par les discours de Macron le 13 juillet et de Bayrou sur le budget deux jours plus tard. Ce dernier prévoyait entre autres une hausse des financements militaires encore plus rapide que prévue par la dernière loi de programmation militaire (LPM), paradoxalement justifiée par un catastrophisme sur la dette française, qui aurait atteint un niveau alarmant. Plus généralement, ces deux discours annonçaient un réarmement urgent de la France, en particulier à travers l’augmentation du budget dédié à l’armée, et mettaient l’accent sur la mobilisation nécessaire de la jeunesse.

 

Du projet Chat Control3 à la réindustrialisation pensée autour de l’armement, en passant par les discours alarmants des chefs d’État-Major4, la préparation des hôpitaux à un rythme de guerre, et la présentation de kits de survie5, les procédés de ce réarmement et de cette militarisation sont nombreux.
Parmi les outils de (re)militarisation, nombre d’entre d’entre eux ne sont en réalité pas nouveaux. Dans le cadre de la loi « Plein emploi » promulguée en décembre 2023, et accentuant la surveillance des chômeureuses, les évènements comme le forum de ce jeudi 23 octobre se multiplient. Il s’agit ici de matraquer des populations précaires de contenu militaire en vue de les pousser vers l’armée. Dans ce genre d’évènements, l’armée est vendue comme un milieu professionnel comme les autres, voire carrément rendue sexy. C’est surtout une voie d’embauche facile, ce qui est un argument de poids face à la pauvreté qui explose, tout comme le chômage des jeunes. Bien entendu, ces augmentations sont causées par des offensives permanentes du capitalisme néolibéral sur un siècle de conquêtes sociales, par exemple à travers la destruction progressive du RSA. L’État profite alors de cette vulnérabilité qu’il a créée de toutes pièces pour pousser des populations précarisées vers l’armée ou la police. Ce faisant, il alimente la chair à canon de ses guerres capitalistes, donne du crédit à ses discours belliqueux, et étend sa capacité répressive.

 

Mais l’existence de forums de propagande de l’armée montre bien que la précarisation ne suffit pas à se tourner vers l’armée. Le consentement à la militarisation est fabriqué industriellement, à travers une propagande qui occupe de nombreux espaces.
La jeunesse est particulièrement ciblée par l’Etat qui déploie un arsenal de propagande à travers des campagnes de recrutement, à l’école ou sur les réseaux sociaux en noyant les enfants et les adolescent’es sous les images d’une armée attractive. Cette propagande commence dès l’école avec les « Classes de Défense ».6 Ce dispositif vise à renforcer les liens entre l’armée et la jeunesse, au collège et au lycée, en créant un parrainage entre une unité de l’armée ou de la police et une classe d’élèves. Ce partenariat, sous couvert « d’égalité des chances », permet de multiplier les rencontres avec des militaires et des policiers, dant le but de familiariser les adolescentes avec ces métiers, et les pousser à s’engager plus tard. Il existe aujourd’hui plus de 500 classes de ce type en France et ce chiffre est en croissance constante.

 

Renforcer le contact des jeunes avec l’armée passe aussi par la Journée Défense et Citoyenneté (JDC). Cette journée obligatoire mise en place en 1997 est héritière du service militaire. Elle a pour objectif de rencenser et d’aborder les sujets de la citoyenneté et de la défense, mais aussi la promotion des forces armées auprès des jeunes. Depuis septembre 2025 et la réforme de la JDC7, des ateliers « participatifs », comme l’utilisation de laser game et d’ateliers utilisant la réalité virtuelle, prennent désormais place dans le but de rendre l’armée plus moderne et attractive aux yeux des jeunes, ainsi que de donner une forme ludique à la propagande militaire, la rendant plus difficilement identifiable comme telle par le public.

 

Le Service National Universel (SNU), quant à lui, permet d’inculquer un esprit d’obéissance aux règles. Sous la tutelle du ministère de l’Éducation Nationale, il révèle la façon dont toutes les structures de l’État participent de cette militarisation. Promu par le gouvernement comme un stage visant à créer de la cohésion autour des valeurs républicaines et de l’engagement, il s’agit essentiellement d’un outil de mise au pas de la jeunesse et d’endoctrinement par le respect absolu des normes et la stimulation des affects nationalistes.
Autre signal du ciblage spécifique des jeunes, la gendarmerie est présente depuis 4 ans à la Paris Games Week8, l’occasion pour celle-ci de « venir au contact du monde des gamers« , une présence à la fois inattendue et tout à fait compréhensible.
Enfin, cet endoctrinement passe par une politique de communication offensive (pour ne pas dire propagande, on l’a assez dit comme ça) sur les réseaux sociaux. Les influenceureuses qui font des partenariat pour l’armée, la police ou le SNU se comptent par dizaines, mais l’armée dispose également de ses propres influenceureuses : des soldates présentant l’armée et leur quotidien et donnant des conseils pour s’engager.9 Une autre expression de cette communication est l’utilisation des codes culturels de la jeunesse, en publiant des reels instagram10 et des tiktoks11 avec une imagerie de propagande avec comme fond sonore les musiques « du moment » comme Charger de Triangle des bermudes.

 

Le faible nombre de gens présent’es au rassemblement de ce jeudi 23 octobre révèle la discrétion de ce genre d’évènements. Pourtant, les événements faisant la promotion de l’armée sont amenés à se multiplier : commémorations nationales (par exemple avec le 11 novembre), forums organisés par l’Armée, forums SNU, interventions de professionnels de l’armée dans les établissements scolaires… Il est possible de s’informer de leur tenue. Si la mobilisation du jeudi 23 octobre n’a pas empêché le maintien du forum contre lequel nous nous étions rassemblées, d‘autres mobilisations ont su, par le passé, enrayer la machine de propagande militaire. Des lycéen’nes s’étaient notamment mobilisé’es pour perturber des stands de promotion du SNU l’an dernier.  L’année dernière également, à Saint-Etienne, des militantes s’étaient rassemblées pour bousculer la commémoration militaire du 11 novembre. A Toulouse, le Centre d’Information et de Recrutement des Forces Armées avait été repeint : on pouvait lire sur la porte d’entrée « Plutôt chômeuse que militaire » … Toustes nous ont montré qu’il est possible d’entraver la propagande militariste de l’État.
Puisque la miltarisation gagne du terrain et s’attaque tous les jours à de nouveaux espaces, partout où l’Etat et l’armée viennent faire leur propagande, soyons présentes pour les en empêcher. Le consentement à la militarisation d’aujourd’hui est le consentement à la guerre de demain et à celles qui se déroulent actuellement sous nos yeux en Palestine, au Soudan, en RDC, en Ukraine, … Alors, il y a urgence à se mobiliser contre la propagande militariste.
  1. https://www.instagram.com/lignes_de_cretes/[]
  2. https://www.instagram.com/mouvement_des_meres_isolees/[]
  3. https://www.lunil.com/qu-est-ce-que-chat-control-mouchard-surveillance-masse-deguisee-en-protection-de-enfance/[]
  4. https://www.instagram.com/p/DQJcyF-DcHv/[]
  5. https://www.instagram.com/p/DN6WIH4jQ6w/[]
  6. https://www.defense.gouv.fr/sga/au-service-nation-du-public/jeunesse/vous-avez-entre-13-18-ans/classes-defense[]
  7. https://www.defense.gouv.fr/actualites/infographie-journee-defense-citoyennete-nouvelle-generation[]
  8. https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/actualites/2025/du-virtuel-a-la-realite-l-experience-immersive-de-la-gendarmerie-a-la-paris-games-week[]
  9. https://www.leparisien.fr/societe/des-influenceurs-en-treillis-la-nouvelle-strategie-de-larmee-pour-attirer-les-jeunes-via-les-reseaux-sociaux-13-07-2025-73M7M736E5G2FCKM7L2NQSDMSY.php[]
  10. https://www.instagram.com/reel/DNX-o8DlfLw/[]
  11. https://www.tiktok.com/@armee_air_espace/video/7533603989594672406[]
Publié dans General | Commentaires fermés sur De France Travail à la Paris Games Week, la propagande militariste est en marche

Appel à rejoindre l’Assemblée Internationaliste Antimilitariste – Paris Banlieues, mardi 11 février à 19h au CICP

Appel à rejoindre l’assemblée internationaliste et antiautoritaire pour construire un antimilitarisme depuis Paris et sa banlieue.

Rendez-vous mensuel, tous les deuxièmes mardi du mois.

RDV  MARDI 11 FÉVRIER 2025 à 19h00 au CICP, (21ter rue Voltaire, Paris 11)

(English translation available further down)

 

Voir les vidéos des massacres à Gaza et au Levant qui défilent incessamment sous nos yeux depuis plus d’un an a fait naitre en nous un vif sentiment d’injustice exacerbé par l’impuissance. Exiger le cessez-le-feu ne suffira pas à libérer le peuple palestinien car la
libération des peuples colonisés par les Etats impérialistes ne se fera jamais par des mots d’ordres pacifistes. Nous voulons aller plus loin et questionner l’expansion actuelle du complexe militaro-industriel, ainsi que de la propagande nationaliste et de l’obsession sécuritaire qui l’accompagnent, partout dans le monde et surtout en France.

Qui fabrique les bombes qui tombent sur les maisons, les matraques et grenades qui s’abattent sur nos gueules, les caméras qui surveillent les villes et les frontières, qui balancent aux keufs et qui livrent aux juges et à leurs taules ? Quand on se penche sur la question, on prend rapidement conscience de toute la chaîne d’interdépendance qui relie l’entreprise qui fabrique et commercialise les drones testés sans mesure à Khan Younes ou Khartoum à celles qui surveillent les frontières militarisées de l’Union Européenne. Les entreprises qui fabriquent les optiques et micro-composants nécessaires à faire fonctionner ces technologies là-bas sont les mêmes qui traquent «l’ennemi intérieur», le fraudeur de métro, le chourseur de supermarchés, le «sans-papiers» en France. En tirant sur le fil, on fait tomber le rideau qui cache l’immense forteresse de l’industrie militaro-sécuritaire où tous les porcs impérialistes s’échangent, vendent et se partagent leurs nouveaux joujous pour toujours mieux mater et contrôler les populations. Tout ce business sécuritaire et mortifère se développe derrière les vitres des bureaux modernes, des usines dans les périphéries des villes, des chambres de commerce et d’industrie, dans les centres de recherche universitaire : la guerre se fabrique au coin de nos rues.

De la Palestine à la Kanaky, du Sahara occidental aux montagnes kurdes, du Yémen au Soudan, les lieux où il y a de la résistance servent de laboratoire pour faire émerger de nouvelles technologies et pratiques contre-insurrectionnelles. Ces mêmes technologies reviennent ensuite dans nos pays «pacifiés» sous une application civile, et militarisent toujours plus notre environnement.

Nous voulons porter un antimilitarisme décolonial et anticapitaliste. Celui-ci ne doit pas être un pacifisme moral, mais doit bien s’incarner sous une forme offensive qui se place à la hauteur de l’engagement déployé par les révolutionnaires. Celleux-ci luttent par la voie des armes bricolées et récupérées à l’ennemi, par la désertion et les réseaux de résistance (transferts de médicaments, distributions alimentaires, propagandes actives contre la guerre et l’union nationale…) et leur résistance doit être soutenue.

Pour autant, notre antimilitarisme n’a de sens que s’il s’inscrit également dans la lutte contre les meurtres policiers dans nos quartiers, contre la surveillance de masse, contre les morts aux frontières et dans les prisons. Nous espérons ainsi concrétiser cet antimilitarisme par un travail de recherche et d’information sur ces dispositifs meurtriers.

Ce texte est donc une invitation à se réunir autour d’une assemblée antimilitariste et internationaliste, publique et rejoignable par toustes. Ce cadre propose de faire des questions antimilitaristes quelque chose d’accessible qui ne soit pas réservé à quelques expert-es, de visibiliser les informations sur l’organisation du complexe militaro-industriel, et de lutter frontalement contre cette industrie tentaculaire et carnaciaire. Rencontrons-nous autour de projections, mobilisations, cantines, concerts et teufs, que nous organiserons en assemblée.

On propose donc de se retrouver le mardi 11 février à 19h au CICP (21ter rue Voltaire, Paris 11) pour cette première assemblée internationaliste antimilitariste!

« Une volonté de lutte résolue ne connaît pas de ‘trop tard’ » (Karl Liebknecht, antimilitariste allemand ayant refusé de voter les crédits lors de la guerre de 14-18)

 

___________________

Call to join the internationalist and anti-authoritarian assembly to build an antimilitarism from Paris and its suburbs.

Monthly meeting, every second Tuesday of the month.

Let’s meet this Tuesday, February 11th, 2025, 7pm at CICP (21 ter rue Voltaire, Paris 11)

Watching the videos of the massacres in Gaza and the Levant passing by incessantly before our eyes for over a year has given birth to a strong feeling of injustice exacerbated by powerlessness. Demanding ceasefire will not be enough to liberate the Palestinian people, because the liberation of peoples colonised by imperialist states will never be achieved by pacifist slogans. We want to go further and question the current expansion of the military-industrial complex, as well as nationalist propaganda and security obsession all over the world and especially in France.

Who makes the bombs that fall on houses, the batons and grenades that rain down on our mugs, the cameras that monitor the cities and the borders, who snitch to the cops and deliver to the judges and to their prisons? When we look into the matter, we quickly become aware of the entire chain interdependence that connects the company that manufactures and commercializes the drones tested without measurement in Khan Younes or Khartoum, to those who monitor the borders militarized by the European Union. The companies that manufacture the necessary optics and micro-components to make these technologies work are those who hunt down « the internal enemy », the metro fare dodger, supermarket shoplifter, the « undocumented » in France. By pulling on the thread, we bring down the curtain. which hides the immense fortress of the military-industrial safe where all the imperialist pigs exchange, sell and share their new toys foralways better to subdue and control the populations. All this safe and deadly business is developing behind the windows of modern offices, factories in the peripheries of cities, chambers of commerce and of industry, in university research centers: War is being manufactured on the corners of our streets.

From Palestine to Kanaky, from Western Sahara to the Kurdish mountains, from Yemen to Sudan, the places where there is resistance serve as a laboratory to bring forth new technologies and counterinsurgency practices. Then, under civilian uses, these same technologies return to our « pacified » nations, increasingly militarizing our surroundings.

We want to promote a decolonial and anti-capitalist anti-militarism. This should not be a moral pacifism, but it must be embodied in an offensive form that matches the level of commitment deployed by the revolutionaries. They fight through the path of makeshift weapons and those seized from the enemy, through desertion and resistance networks (drug transfers, distributions food, active propaganda against the war and national unity…) and their resistance must be supported.

However, our antimilitarism only makes sense if it is also part of the fight against police killings in our neighborhoods, against mass surveillance, against deaths at borders and in prisons. We hope to give concret expression to this anti-militarism through research and information work on these deadly devices.

This text is therefore an invitation to gather around an antimilitarist and internationalist assembly, public and accessible to everyone. This framework proposes to make antimilitarist issues something accessible that is not reserved for a few experts, to make information about the organization of the military-industrial complex visible, and to fight frontally against this tentacular and carnivorous industry. Let’s meet around screenings, mobilizations, communal meals, concerts, and parties, which we will organize in assembly.

We therefore propose to meet on Tuesday, February 11 at 7 PM at CICP (21ter rue Voltaire, Paris 11), for this first internationalist antimilitarist assembly!

« A resolute will to fight knows no ‘too late' » Karl Liebknecht, German antimilitarist who refused to vote for war credits in 1914-1918.

Publié dans Appels | Marqué avec | Commentaires fermés sur Appel à rejoindre l’Assemblée Internationaliste Antimilitariste – Paris Banlieues, mardi 11 février à 19h au CICP